Télémédecine et m-Santé, une progression à deux vitesses

Si la télémédecine permet de répondre à une désertification médicale croissante, la santé mobile ou « m-Santé » est un formidable outil de prévention primaire et secondaire. Mais l’efficacité de cette dernière est largement dépendante d’une modification des usages et des comportements, difficile à instaurer. Une seule certitude : c’est en conjuguant ces différents dispositifs et en favorisant la relation médecin-patient que l’on obtiendra les meilleures solutions d’efficience.

 

D’aucun s’interroge sur le retour sur investissement des projets de télémédecine mis en place depuis le 19 octobre 2010 et la publication du décret donnant un cadre juridique à cette nouvelle pratique de la médecine. Pour démontrer son intérêt médico-économique et préparer son déploiement, le gouvernement a sélectionné 9 régions pilotes fin mai 2014 : Alsace, Basse-Normandie, Bourgogne, Centre, Haute-Normandie, Languedoc-Roussillon, Martinique, Pays-de-la-Loire et Picardie. Y seront menées des expérimentations portant sur la prise en charge de patients en médecine de ville et en structures médico-sociales avec un 1er bilan effectué le 30 septembre 2016. En matière de télémédecine, les choses avancent mais lentement. Pourtant, si la télésurveillance fait encore l’objet de débat, télé consultations et télé expertises offrent des résultats probants et répondent à un besoin incompressible : faciliter l’accès aux soins des patients et lutter contre les déserts médicaux. La question n’est plus de savoir si ces pratiques doivent être expérimentées mais comment les implémenter à large échelle. Deux exemples issus d’initiatives privées et publiques, la cabine de télésanté H4D® et la mise en place de la télé-expertise pour le diagnostic à distance des patients victimes d’AVC, illustrent la pertinence de ces nouvelles solutions.

 

Conçue en 1ère intention pour accompagner l’activité des médecins et des personnels para médicaux dans les maisons de séniors non médicalisées, la cabine H4D® est un outil de contrôle des paramètres biométriques, d’aide au diagnostic et d’orientation. Elle offre la possibilité à un médecin distant de réaliser une consultation via un système de vidéo conférence ou de suivre dans la durée un patient chronique. Dans une logique immédiate d’optimisation des coûts, elle permet de diminuer les consultations en urgence. Actuellement testée dans un territoire enclavé à Cluny, en Saône et Loire, son utilisation a été étendue à des non résidents. En quelques mois elle est devenue un véritable outil de socialisation. La cabine sera bientôt testée dans un hôpital du VAR pour optimiser le traitement des flux dans un service d’urgence et devrait être rapidement déployée dans des zones à faible densité médicale.

Autre exemple de réponse aux déserts médicaux, la mise en place de la télé expertise pour le diagnostic à distance des patients victimes d’AVC. Grâce au dispositif « Télé AVC » initié en 2012 en Bourgogne avec, au centre, le CHU de Dijon et son service de neurologie, ce sont plusieurs centaines de patients répartis sur le territoire qui ont été diagnostiqués et traités à temps. Idem en Rhône-Alpes, Nord-Pas de Calais et dans beaucoup d’autres régions où ces dispositifs pilotés par les ARS se généralisent. L’ANAP vient  d’ailleurs de publier un support d’aide au déploiement régional de la télémédecine pour la prise en charge de l’AVC, téléchargeable à l’adresse suivante : http://t.co/DBc9ClbwPg

 

De son côté, la m-Santé n’a pas attendu de démontrer son efficacité pour se développer à grande vitesse. Voire, de façon anarchique. Plusieurs dizaines de milliers d’applications mobiles à visée Santé ou Bien-Être sont d’ores et déjà disponibles sur l’AppStore. Que l’on soit malade ou bien portant, difficile d’échapper à ces applications couplées à un portail sécurisé (ou non), invitant à stocker et suivre ses paramètres physiologiques. Mais que faire avec « ses » données ? Sorties de leur contexte, non interprétées ou objectivées, non corrélées, les données récupérées ne veulent pas dire grand chose. Pourtant, plus d’un mobinaute sur deux atteint de maladie chronique souhaiterait que leur médecin leur conseille une application santé. Le potentiel d’utilisation par les patients est donc réel. De leur côté, les médecins sont peu informés et très peu nombreux à avoir téléchargé une application pour la conseiller à leurs patients, moins de 10 % selon la dernière enquête rendue publique par ISIDORE Santé début juillet 2014. Les éditeurs ont du pain sur la planche. Les anglo-saxons insistent sur la notion de « point of engagement », c’est-à-dire le fait de conseiller une application santé ou un service en ligne au bon moment et dans un contexte où le patient en comprendra immédiatement les bénéfices. La délivrance de l’ordonnance ou la dispensation des médicaments pourrait être un moment approprié. Mais c’est une fois « prescrite » que les challenges apparaissent, notamment la problématique d’engagement et d’utilisation de ces nouveaux services dans la durée.

Des outils de sensibilisation font leur apparition, telles ces tablettes ou bornes tactiles installées dans les salles d’attente, les halls d’hôpitaux ou dans les pharmacies mais l’incursion du digital dans la relation médecin/pharmacien-patient est encore discrète. Les initiatives pour encadrer et valider les applications de santé par les professionnels, à l’instar des sites dmdpost® (www.dmdpost.com) ou medappcare® (www.medappcare.fr) vont dans la bonne direction mais ne seront pas suffisantes en tant que telles pour induire un véritable changement de comportement. Les professionnels de santé doivent se mobiliser et c’est le rôle des éditeurs de les y aider.

 

Avec DIABEO®, pour le monitoring à distance des patients diabétiques, le laboratoire SANOFI a choisi le bon angle. Grâce aux dispositifs connectés, applications mobiles, supports de coaching et moyens de communication, le patient est « acteur de sa santé » et il est aussi entouré par une équipe de professionnels, au premier rang desquels diabétologues et infirmières. Les laboratoires pharmaceutiques ont une capacité conjuguée d’investissement et de mobilisation des professionnels dont ne bénéficient pas encore les nouveaux acteurs de la e-Santé. Face aux velléités hégémoniques des GOOGLE, APPLE, SAMSUNG et consorts, c’est un atout non négligeable.

 

La dernière étude de MICROSOFT « Prévention et Santé numérique » publiée en mai 2014 montre que les français sont majoritairement convaincus par les bénéfices du numérique pour rester en bonne santé. Dans le même temps, une étude publiée par DELOITTE  souligne le retard pris par la France dans la capacité à échanger des informations électroniques entre médecins et patients. Comment avancer dans de telles conditions ? Le développement de la e-Santé réside dans la capacité à fluidifier, réguler et centraliser les informations ET à favoriser les échanges numériques entre patients et médecins. La plupart de nos voisins européens ont relevé ce défi ou sont en train de le faire. Si le DMP ou son successeur n’arrivent pas à s’imposer, nul doute que les acteurs du privé occuperont la place restée vacante. Suivre un patient à sa sortie d’hôpital via son dossier électronique devrait être un b.a-ba. C’est ce qu’APPLE est en train de réaliser aux US en partenariat avec plusieurs établissements hospitaliers. Pour paraphraser un artiste et inventeur bien connu, « la simplicité est la sophistication suprême ». Nous ferions bien de nous en inspirer. 

 

Xavier Sédès – @xabisedes – xavier@xaviersedes.fr

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